"Qu'on imagine des maigres se déhanchant dans de vastes vêtements colorés, montant parfois très haut au dessus d'elles, déhanchées mais sans hanches, selon une technique qui fait se croiser très haut les jambes une fois, deux fois, peut-être trois et s'arrêter, visage ou masque sans expression, teint pâle, regard lointain, donnant tous les signes ou de l'ennui hautain ou de la langueur maladive ou les deux, et faire face au public. Montrer en quatre temps, si je me souviens bien, impassibles, inaccessibles, aussi palpables que l'horizon, pour rejoindre quelque pas plus loin, le tremplin d'où les crépitements des appareils photos les auront maintenant propulsées vers les pages des journaux du lendemain. Cet extraordinaire rituel avec des espèces de vierges marchant vers l'abattoir ou vers l'offrande de soi à un dieu qui est peut-être en coulisse, peut-être pas, pas le créateur qui, lui, vient saluer à la fin de l'envoi, qui sourit, a l'air ému, non, le dieu caché qui ne se montrera pas, l'explication de tout ça. Remaury a raison, cet hymne a la beauté malade rendu par ce parterre de grandes personnes, very important en tout les cas, de femmes qui, une fois acquises ces robes extravagantes - on ne pourrait décemment les revêtir qu'au mariage de ce dieu, peut-être, au bal de la fin des temps, dans une Venise déjà passée sous les eaux -, ne pourront même pas les enfiler, qu'on devra reprendre, allonger, gonfler, ajuster des maigres à celles qui le sont moins, cet hymne, que signifie-t-il au-delà de ce carrousel de la mode ?"